10/06/19

Industrie homéopathique : ma lettre au Premier Ministre

J’ai saisi le Premier Ministre Edouard Philippe, sur la situation de l’industrie homéopathique face au risque de déremboursement de l’homéopathie, notamment des laboratoires Boiron, leader mondial du secteur et implantés dans la métropole lyonnaise depuis plus de 80 ans. Retrouvez ci-dessous l’intégralité de la lettre que je lui ai adressée le 27 mai dernier.

 

Monsieur le Premier Ministre,

J’ai l’honneur d’attirer votre bienveillante attention sur la situation de l’industrie homéopathique, face au risque de déremboursement des médicaments homéopathiques que votre Gouvernement envisagerait actuellement, et notamment des Laboratoires Boiron situé dans ma circonscription.

Cette entreprise, implantée dans la région lyonnaise depuis plus de 80 ans et qui emploie 3 600 salariés dans le monde (dont 2600 en France) est leader mondial du secteur, distribuant ses produits dans 50 pays. Entreprise phare de la production de médicaments homéopathiques, positionnant ainsi la France comme premier producteur, Boiron vient d’investir dans une nouvelle usine de production ultra moderne pour un coût de plus de 50 millions d’euros.

A la suite de la saisine de la Haute Autorité de Santé par Madame la Ministre de la Santé, Boiron vient en effet de recevoir le premier avis de la HAS jeudi 16 mai dernier (après sa «fuite» dans un média) qui émet une recommandation défavorable au maintien de la prise en charge par l’Assurance Maladie des médicaments homéopathiques, et rédige actuellement une réponse pour faire valoir ses observations.

L’ensemble de la filière industrielle est bien sûr concernée par cette situation, et je tiens à vous faire part de mes vives inquiétudes sur les conséquences d’un éventuel déremboursement des médicaments homéopathiques. Si l’on prend toujours l’exemple de Boiron, qui a dû suspendre sa cotation en bourse le 16 mai et a vu le recul de son action (de 76 à 45 €), la direction de l’Entreprise estime que le chiffre d’affaires pourrait se contracter de 30 à 50%, alors qu’elle a déjà enregistré une baisse de 10%. En outre, les répercussions sur l’emploi seraient extrêmement importantes puisque ce sont plus de 1 000 emplois qui seraient directement menacés sur le territoire de la Métropole de Lyon et plus de 1 300 en France, un véritable drame économique et social.

D’un point de vue économique, on observe que selon l’Assurance Maladie, le remboursement des médicaments homéopathiques représente 129,6 millions d’euros sur un total de 19,9 milliards pour l’ensemble des médicaments remboursés. Selon l’étude du Comité économique des produits de santé de 2016, le prix moyen des médicaments homéopathiques remboursables est de 2,70€ alors que le prix moyen des autres médicaments remboursables est de 9,90€.

Pour le groupe Boiron, les produits remboursables représentent 70% du chiffre d’affaires et leur inquiétude est donc légitime.

Pour les patients également, la question est préoccupante puisque la filière homéopathique dispose d’un réseau de distribution qui lui est propre (35 établissements pour Boiron) et que le non-remboursement des produits homéopathiques entrainera une forte hausse de TVA (qui passera de 2,1% à 10%) qui ne pourra être absorbée par les entreprises et ne pourra donc qu’être répercutée sur le prix des médicaments.

Je tiens à vous faire part par ailleurs de l’interrogation de nombre de patients et médecins homéopathes devant «le climat délétère » qui s’est subitement développé autour de la question du remboursement des médicaments homéopathiques. Pourtant, une récente étude dite EPI 3 a été conduite, déjà pour répondre à l’autorité de santé, de 2005 à 2012. Si cette étude a été financée par les laboratoires Boiron (coût 6 millions d’euros), elle a été coordonnée par le Professeur Lucien ABENHARN, ancien directeur général de la santé et supervisée par un comité scientifique présidé par le Professeur Bernard BEGAUD, pharmacologue. Ce programme qui a mobilisé 825 médecins et 8 559 patients et qui a porté sur trois indications (infection des voix aériennes supérieures, douleurs musculo-squelettiques et trouble anxiodépressif et du sommeil) représentant 50% des consultations chez les médecins généralistes en France, a montré que les patients soignés par homéopathie dans ces pathologies présentaient la même évolution clinique et un taux de complication comparable que ceux traités de manière conventionnelle mais avec une consommation bien moindre de psychotropes (2 voire 3 fois moins) et une économie directe pour l’Assurance Maladie.

Monsieur le Premier Ministre, aujourd’hui 74% de nos concitoyens se disent attachés à la thérapeutique homéopathique, 56 % utilisent des médicaments homéopathiques, dont 36 % de manière régulière. Une enquête Ipsos d’octobre 2018 précisait que 75% des patients qui ont eu recours à l’homéopathie au moins une fois dans leur vie considèrent que les médicaments homéopathiques sont efficaces. L’étude Grimaldi-Bensouda L, Begaud B, Lert F, et al. Benchmarking de 2011 met en exergue que 25 % de médecins diplômés, généralistes ou spécialistes ayant une formation supplémentaire en homéopathie prescrivent des traitements homéopathiques qui font partie de la pharmacopée française, quand 83% des français jugent légitime qu’un médecin prescrive un traitement complémentaire homéopathique en plus d’un traitement conventionnel. En outre, selon l’étude Imago, « Les sages-femmes libérales et l’homéopathie » réalisée en 2013, 78% des sages-femmes libérales prescrivent régulièrement de lhoméopathie. Ce sont donc près de 21 000 officines qui y ont recours quotidiennement. Enfin, d’après un sondage Ipsos publié dans Le Parisien le 9 novembre dernier, 74% des Français sont favorables au maintien du remboursement.

Aussi, je vous serais reconnaissante de tout mettre en œuvre afin de réunir les conditions qui permettront le maintien du remboursement des médicaments homéopathiques, et donc d’une réponse thérapeutique à la plupart des pathologies, en alternative ou en complément des autres techniques médicales, auxquelles elles ne s’opposent pas; et d’une filière industrielle qui rayonne dans le monde entier et qui crée des emplois.

Je vous remercie par avance de l’intérêt particulier que vous voudrez bien porter à cette démarche.

Je vous prie de croire, Monsieur le Ministre, en l’Assurance de ma considération distinguée.